Je viens de recevoir par courriel par l’entremise du mouvement Égalitariste la reproduction d’un billet intitulé Ne pas tomber dans le panneau signé par Francis Dupuis-Déri dans le journal Alternatives dans son édition de juin 2006.
Le monsieur reproche à Marie Plourde du Journal de Montréal d’être tombée dans le panneau de ces hommes “[qui se disent] victimes de discrimination” en leur tendant la perche. “Une affirmation absurde dans une société où ce sont encore des hommes qui dirigent seuls (ou presque) les gouvernements, les partis politiques, les grandes entreprises et les banques, les médias, les églises, l’armée et la police, et même la mafia et les bandes de rue.”
On parle de la sphère familiale, là, pas du monde entier, faut pas tout mélanger.
Ma première réaction à chaud, dans un Van Houtte à l’angle des rues de La Couronne et Saint-Joseph, dans cette vieille capitale en pleines mutations, c’est de demander à M. Dupuis-Deri de remplacer le terme “hommes” dans son texte par “Noirs”, “Amérindiens”, “femmes”, “cyclistes”, “punks”, “propriétaires de Hummer”. Et qu’il se relise.
Ma seconde réaction en est un d’étonnement face à ce texte provenant d’un “chercheur en science politique au Massachusetts Institute of Technology” dont l’argumentation repose sur des amalgames si douteux et un argumentaire si pauvre.
C’est d’autant plus étonnant que ce texte paraît dans Alternatives, un journal qui “travaille pour la justice et l’équité dans les relations entre les individus et les communautés” et qui “s’intéresse, depuis près de dix ans, aux grands enjeux qui bouleversent la planète et s’adresse à toutes les personnes qui ont soif d’information et entendent réfléchir sur le monde qui se fait”. Qui plus est, ce journal est inséré dans Le Devoir, un média reconnu pour sa probité intellectuelle.
Ma troisième réaction, c’est de dire aux gens de Fathers for Justice et du mouvement Égalitariste de ne pas “tomber dans le panneau” à leur tour. De qualifier le texte de M. Dupuis-Deri de texte haineux, c’est lui faire beaucoup d’honneur et surtout bien improductif. Ce n’est pas avec des injures et des “paw paw t’es mort” que les papas responsables pourront prendre soin de leurs tout-petits sans devoir se justifier face à tout le monde et sa mère.
Dans son texte, Francis Dupuis-Déri reprend l’argument principal employé par tous les gens qui “défendent” l’état actuel des choses, à savoir que “dans les faits, environ 80 % des cas de séparation et de divorce se règlent à l’amiable et les pères laissent à la mère, dans la très grande majorité des cas, la garde des enfants. Les pères interdits de voir leurs enfants sont des exceptions.”
Exceptions, exceptions, je vais dire ça la prochaine fois (si prochaine fois il y a) à mon garçon de quatre ans qu’on ne peut pas se voir aussi souvent, nous sommes dans le camp des exceptions, mon chéri. Je dis : si prochaine fois il y a, car je n’ai pas vu mes Tourlous depuis cinq semaines sans raison sérieuse et je ne sais toujours pas quand je vais devoir retourner en Cour pour demander à ce que la maman respecte l’ordonnance de garde.
Par ailleurs, moi j’aimerais bien savoir si quelqu’un quelque part épluche ces cas afin d’obtenir des chiffres crédibles et plus près de la réalité. Car ça a l’air que ça va prendre des statistiques afin de justifier qu’un enfant, ça a aussi besoin de son papa.
Et puis, il reste tout de même 20 % d’exceptions qui ne se règlent pas à l’amiable. Tous ces hommes impliqués dans ces causes, ce sont tous des Marc Lépine en puissance, évidemment. Tous violeurs en série et pédophiles potentiels, tout de même.
